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Mars 2006

Sharon Stone

l'incandescente

Par Marc Samson - Marie France Magazine
Photos Wong Kar-wai pour Dior.

Quatorze ans après le premier "Basic Instinct", elle revient avec le deuxième, "Risk Addiction", où elle irradie plus que jamais. A 48 ans, Sharon Stone, toujours belle à tomber, cultive liberté et franc-parler.

Elle revient, et la planète entière en reste toute tremblotante. Sharon Stone ressort le tailleur blanc et le pic à glace de son rôle fondateur, celui de Catherine Tramell dans «Basic Instinct». Après quatorze ans d'attente et de tergiversations, elle est de retour dans la deuxième version, sous-titrée « Risk Addiction ». Catherine a quitté San Francisco pour Londres, et repris son métier d'écrivain. Accusée du meurtre de son nouveau fiancé, elle doit être «évaluée» par le psychiatre Andrew Glass. Leur relation va révéler certaines choses de leurs passés respectifs...

« MON REVE?
QUE L'ON ME DESHABILLE MOINS
A L'ECRAN ET PLUS A LA MAISON »

Côté présent, Miss Stone assure aussi à fond. Après avoir imaginé une malle-cabine à sa convenance pour LVMH, elle reste plus que jamais au coeur du groupe de Bernard Arnault. A 48 ans, ce Poisson à écailles dorées (née le 10 mars 1958) s'impose chez Dior comme l'ambassadrice des soins Capture Totale, conseillés aux quadragénaires, ses soeurs en épanouissement et en énergie. Mieux, Bernard-Henri Lévy, qui a refait le voyage de Tocqueville aux Etats-Unis pour un livre à paraître bientôt («American Vertigo», chez Grasset), lui donne la parole en tant qu'égérie de la lutte antiBush. C'était donc l'occasion rêvée de se frotter aux idées reçues qui prolifèrent dans le sillage de la star platinium qui ne se déplace plus jamais sans une armada de gardes du corps. Et de démêler le vrai du faux.

Supérieurement intelligente

Idée reçue numéro 1: Sharon est un cerveau. Mathématiquement, c'est probable. Si les tests de quotient intellectuel signifient quelque chose, ils plaident en faveur de l'écolière qui affichait 154 au compteur. Plus modeste qu'on ne pourrait croire ou brillant stratège tentant d'éviter d'affoler les décideurs mâles d'Hollywood, Sharon Stone s'était bien gardée d'en faire état avant qu'un animateur de talk-show n'enquête auprès de son école. En primaire, on lui fit sauter deux classes. Au collège, elle se retrouva à donner des cours de soutien à des adolescents plus âgés qu'elle et qui lui battaient froid. Et elle finit son lycée tout en assistant à des cours de fac. Elle qui, aujourd'hui, adore être le centre d'attraction, aimanter l'attention et les désirs, ne liait aucun contact et se vivait comme étrangère à un monde qu'elle n'a conquis que sur le tard. Elle s'isolait dans ses peurs et dans ses lectures, elle qui apprécie toujours Octavio Paz et Gabriel Garcia Marquez. Elle se débrouillait bien dans les matières scientifiques, mais pouvait aussi obtenir un vingt sur vingt en rédaction, en choisissant de parler de la chaise sur laquelle elle avait passé le trimestre.

Elle vivait dans la banlieue de Pittsburgh et venait d'un milieu social sobre et solide, qui ne déparerait pas dans une chanson de Bruce Springsteen. Son père, avec qui elle s'entend au mieux, était un ouvrier fondeur devenu petit entrepreneur, pro-Clinton, démocrate comme elle, chasseur à ses loisirs, et d'éternel bon conseil. Sa mère, avec qui la cohabitation fut plus difficile, exerçait le métier de comptable. Mariée jeune, elle peina à élever ses quatre enfants, deux garçons, deux filles.

Récemment, le cerveau de mademoiselle Stone a failli. Une rupture d'anévrisme l'a laissée sur le flanc sept mois durant. Pas loin d'y passer, elle dit être entrée en contact avec l'esprit de sa grand-mère, ange protecteur qui la tira d'affaire et la sortit de sa voracité de pouvoir et de réussite pour en faire une prêcheuse de bonne volonté, une diseuse de réconciliation humaine.

« SI JE TOUCHAIS 2 DOLLARS
POUR CHAQUE HOMME QUI PRETEND AVOIR COUCHÉ AVEC MOI,
JE SERAIS MILLIARDAIRE. »

Bouddhiste taoïste

Idée reçue numéro 2: Sharon est redevenue grenouille de bénitier. C'est plutôt faux, car si elle a toujours eu des préoccupations métaphysiques, elle ne les a jamais traduites par une adhésion précise. Et c'est d'autant moins vrai qu'elle n'a rien d'une chrétienne convertie taillant de ses anathèmes les mécréants et venant grossir les rangs des néoconservateurs. Elle est fille de protestants. A 10 ans, elle a réfléchi par elle-même et a choisi l'Eglise baptiste. Puis elle a longtemps oublié tout cela, trop occupée à devenir cette déesse Diane chasseresse qu'on ne voulait pas qu'elle soit.

Cela lui est revenu quand la reconnaissance lui a permis de donner son avis sur un peu tout et lancer les modes d'Hollywood. Ainsi, comme beaucoup de people, elle a adopté (deux garçons), elle a jeté son dévolu sur des petits jeunes (mais aussi sur des vieux beaux - on peut être primesautière et pas bégueule) et elle s'est pelotonnée contre le ventre rond de Bouddha. Il n'y a qu'au volant d'une Prius - l'hybride écolo - qu'on ne l'a pas encore vue. Elle se décrit comme bouddhiste taoïste et rend grâce à Richard Gère de lui avoir permis de rencontrer le dalaï-lama. Elle bataille contre les religions instituées, leur reproche «leur folie de haine », mais prône un «aimez-vous les uns les autres» multicolore et oecuménique qui la voit s'arrêter dans la rue pour témoigner sa compassion à deux alcooliques ou délivrer un prêche dans une église, histoire de raconter sa mort frôlée et son retour parmi les très vivantes.

Mangeuse d'hommes

Idée reçue numéro 3: Sharon est une mante religieuse.Si l'on s'en tient à son catalogue de Don Juanne, c'est plutôt vrai. Mais c'est peut-être une simple manièred'être une femme comme un homme, quand l'égalitéest, par nature, à des années-lumière d'Hollywood. Ilest évident que son rôle de romancière psychopatheet lesbienne dans « Basic Instinct» n'a fait qu'aviver cetteréputation de prédatrice sans tabous et sans scrupules.Elle définissait ainsi Catherine Tramell et on a aimé y voir un autoportrait: « C'est quelqu'un d'incivil, assu
rait-elle. Qui ne masque pas sa pensée. Qui s'amuse des réactions offusquées que cela provoque. Et qui porte un regard d'entomologiste sur le monde.»
Mariée trois fois - avec un réalisateur de séries, avec un producteur télé et avec Phil Bronstein, rédacteur en chef d'un journal à San Francisco -, Sharon Stone ne semble pas avoir un goût excessif pour la fidélité, mais est d'une élégance rare dans la rupture. Elle prend sur elle, évite les griefs publics, se comporte en grande fille qui ne renie rien de ses emportements ou de ses erreurs... Qu'elle n'est pas du genre à confesser.
Il y a chez la dame de pierre née au pied des hautsfourneaux un côté assez anglais et assez royal. Et sa carrière, plutôt médiocre, excepté le phénomène «Basic Instinct», le rôle de Ginger dans «Casino» de Scorsese, une récente apparition chez Jarmusch dans « Broken Flowers », s'explique aussi par son refus de jouer les victimes, une fonction majoritairement dévolue aux femmes. Les hommes de l'art n'hésitent pas à mélanger ainsi ses évitements d'artiste et ses affirmations d'être humain, dans un méli-mélo inextricable. Martin Scorsese: « Elle a une force et une allure incroyables. » Paul Verhoeven, réalisateur du premier « Basic... »: « Sharon est diabolique. L,'actrice et la femme... » Joe Eszterhas, scénariste: « II y a chez elle un mélange de force du mal et de qualités de petite fille. » Et, en bouquet final, ce propos de Sharon, qui tient plus du constat amusé que de la déploration peinée: «Je fais peur aux gens. Ils ont l'impression que je vais les brûler, qu'ils vont mourir. » Quand elle a surtout peur des araignées...

Grande gueule

Idée reçue numéro 4: Sharon a réponse à tout. Là, c'est plus que vrai. Et c'est à la fois une stratégie de pouvoir et une jouissance de l'immédiat. Mannequin chez Ford, vedette de nanars divers, approchant de la trentaine sans avoir pu saisir sa chance, Sharon voulut à tout prix le sombre rôle de Catherine Tramell qu'avaient refusé Michelle Pfeiffer, Geena Davis ou Julia Roberts. Pour imposer sa dangerosité sexuelle, elle balança: «Si vous avez un vagin et un point de vue, c'est une combinaison mortelle. » Ou: «Je préfère un homme avec un gros cerveau plutôt qu'avec un grand sexe. » Depuis, elle a continué dans la même tonalité. A savoir: « Le sexe, je connais, je contrôle, je décide. » Ou encore: «Vous, les hommes, ne me la racontez pas, je maîtrise l'ensemble de vos rouages intimes. » Et, sans qu'on sache vraiment la part de réel et de surjoué, cela donne: « Pour vivre avec moi, un homme doit avoir des couilles de la taille du New Jersey. » «Je n'ai jamais simulé un orgasme, mais j'ai fait semblant d'aimer les mères de mes fiancés.» «Si je touchais 2 dollars pour chaque homme qui prétend avoir couché avec moi, je serais milliardaire.» «Mon rêve? Que l'on me déshabille un peu moins à l'écran, et un peu plus chez moi.» Aujourd'hui, Sharon Stone s'affiche célibataire. Mais sans amertume ou agressivité. Elle défendrait plutôt le pauvre mâle tourneboulé par les injonctions contradictoires des femmes. Sinon, Sharon-la-grande-gueule aime dire son fait à qui elle veut, éjecter son agent pour créer sa propre société qu'elle a nommée Chaos, faire bisquer les réalisateurs et les producteurs pour imposer sa loi, envoyer paître des partenaires comme Michael Douglas ou encore William Baldwin ayant moins d'aura ou «embrassant moins bien» que Robert De Niro. Mais le meilleur usage que la diva fait de son organe est sûrement quand elle l'utilise pour ses holdup charitables. Elle se bat pour les malades du sida avec autant d'énergie qu'Elizabeth Taylor, pour les enfants atteints du cancer dans une association créée par sa soeur, et réussit à vamper les maîtres du monde réunis à Davos en leur faisant cracher un million de dollars contre le paludisme. A rebours d'artistes prudents ne voulant s'aliéner aucune partie du public ou d'Hollywoodiens benoîtement démocrates, Sharon Stone est une radicale qui n'a peur de rien ni de personne. Elle défend les gays; elle s'indigne de la peine de mort remise à jour par Arnold Schwarzenegger, ancien partenaire. Et elle n'hésite pas à traiter Bush de «crétin».

Trop forte

Idée reçue numéro 5: Sharon finira comme Marilyn. Dès qu'une actrice instrumente le sexe pour sa carrière, un monde néopuritain lui prédit le destin de Marilyn Monroe. A savoir: abandon, dépression, fin tragique. Le péché de chair cinématographique vaudrait damnation éternelle. Bravant ces fadaises, forte de la libération des femmes, Sharon Stone semble ne s'inquiéter en rien d'un tel sort. Elle dit: «Je suis morte plusieurs fois, mais je me suis toujours arrangée pour revenir. » Et ça ne l'empêchera pas de jouer bientôt dans un film sur Bobby Kennedy, « frère de» et très proche de Marilyn. Comme si l'exploration de la légende noire fascinait encore cet esprit fort.

 

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